dimanche 22 février 2009

Les nouvelles technologies françaises ne sont pas encore assez connues des consommateurs chinois

Les échanges commerciaux entre nos Connexions : Le volume deux pays a considérablement augmenté depuis 2003, à tel point que la Chine est devenue aujourd'hui le premier partenaire commercial de la France en Asie. Quelle est selon vous la raison principale de cette évolution ?

S.E.M Zhao Jinjun: « La tendance générale est à l'augmentation des échanges commerciaux entre la Chine et la France depuis la réforme et l'ouverture chinoise, en particulier depuis l'adhésion à l'OMC. La Chine accélère sans cesse le rythme de son ouverture sur l'extérieur et accroît rapidement son commerce extérieur à une échelle globale. Deux ensembles de chiffres permettent une comparaison :

Le premier ensemble de chiffres reflète le commerce extérieur global de la Chine. Durant le 10e Plan quinquennal (2001-2005), notre commerce extérieur s'est accru en moyenne de 24.6% par an, augmentant notre part dans le commerce mondial des marchandises de 3,6% en 2000 à 6,2% en 2004, la Chine devenant alors le troisième pays au monde pour le commerce des marchandises juste après les Etats-Unis et l'Allemagne.

Le deuxième ensemble de chiffres reflète le commerce bilatéral entre la Chine et la France. Selon les statistiques fournies par les douanes chinoises, la totalité du commerce bilatéral franco-chinois s'élevait à 7,79 milliards de dollars US en 2001, à 8,3 milliards en 2003, pour atteindre 20,65 milliards en 2005, soit une croissance cumulée de 165% sur 5 ans, et une croissance annuelle de 33% en moyenne. Ce taux de croissance est supérieur à celui du commerce extérieur global de la Chine.

L'augmentation rapide du commerce bilatéral franco-chinois s'explique aussi par la complémentarité des économies de ces deux pays. Aujourd'hui la Chine et la France, sont déjà devenus d'importants partenaires commerciaux : les équipements électroniques et informatiques, les téléphones portables et les téléphones de voiture, les produits textiles, les appareils vidéo et d'autres produits encore, provenant de Chine sont bien accueillis par les consommateurs français. Dans le même temps, l'exportation française vers la Chine augmente rapidement, qu'il s'agisse d'équipements spécialisés, de composants de circuits intégrés, de composants microélectroniques, de groupes électrogènes et de pièces automobiles. Exemple caractéristique : pendant la visite en France de Monsieur le Premier ministre Wen Jiabao, les entreprises des deux pays ont signé un contrat pour l'achat de 150 appareils Airbus. Il s'agit du plus gros contrat de vente dans l'histoire du constructeur aéronautique. A mesure du développement de l'économie chinoise, les besoins de la Chine en équipements et techniques français progresseront encore avec constance.

Selon les prévisions, durant le 11e Plan quinquennal (2006-2010), la croissance annuelle moyenne du commerce extérieur de la Chine ne sera pas inférieure à 20%. Ainsi, nous avons raison de croire que, dans les 5 ans à venir, le commerce bilatéral entre la Chine et la France maintiendra un rythme de croissance assez fort. Pendant sa visite en décembre dernier, le Premier ministre Wen Jiabao a déclaré que, durant les 5 prochaines années, les efforts communs de nos deux pays, permettront de doubler le volume du commerce bilatéral entre la Chine et la France, pour atteindre 40 milliards de dollars.

C. : Lors de sa visite en Chine en 2004, le Président Jacques Chirac a souligné le faible nombre de PME françaises qui investissent sur le territoire chinois. Comment devons-nous donc aider les entreprises françaises à mieux appréhender la Chine ?

Z.J.J: Les grandes entreprises françaises connaissent très bien le marché chinois, Elles ont d'ailleurs obtenu des résultats remarquables sur ce marché. L'avancée des PME françaises sur le marché chinois, elle, accuse un vrai retard comparativement à celle des grandes entreprises françaises ou même à celle des PME d'autres pays européens tels que l'Allemagne et l'Italie.

Le gouvernement et le milieu des affaires chinois encouragent donc les entrepreneurs français à venir en Chine, à développer une coopération économique plus large dans de plus nombreux domaines.

Nous avons aussi noté que le gouvernement français a décrété une série de mesures incitatives. L'année dernière, M. Loos, ex-ministre délégué au commerce extérieur, et Mme Lagarde, actuel ministre déléguée au commerce extérieur, se sont fait accompagner à plusieurs reprises de patrons de PME à l'occasion de leurs visites en Chine. Depuis ce début d'année, le gouvernement français a en outre mis en avant le plan "Cap export", qui déploie une stratégie pour encourager 5 000 PME françaises à « sortir des frontières du pays »

L'année dernière, les gouvernements des 2 pays ont signé des accords pour promouvoir la coopération entre les PME et le Ministère du commerce chinois a également pris des mesures d'encouragement correspondantes. Je suis convaincu que ces dispositifs pousseront de plus en plus de PME françaises à investir en Chine et à développer une des activités de coopération profitables aux deux parties.

C. : Pensez-vous que les Jeux Olympiques de Pékin en 2008 puissent représenter une opportunité pour les entreprises françaises souhaitant développer leur activité en Chine ?

Z.J.J: A toutes les entreprises françaises qui désirent créer une activité en Chine, les portes du marché chinois sont grandes ouvertes. Il ne fait aucun doute que les J.O de 2008 joueront un rôle moteur très important dans le développement global de la Chine, en particulier pour la croissance économique. Ce rôle moteur sera d'autant plus grand dans les régions qui accueilleront les compétitions olympiques, comme Pékin, Qingdao, Tianjin et Shenyang.

Une Chine d'1,3 milliard d'habitants est un marché gigantesque. C'est pourquoi la Chine est à la fois une opportunité et un challenge pour les entreprises françaises. Avec l'afflux croissant de capitaux étrangers et de technologies vers la Chine, la concurrence devient de plus en plus féroce. Par conséquent, mon conseil est d'agir dès à présent, aller en Chine tôt, c'est découvrir plus tôt les opportunités, et pouvoir saisir les meilleures.

C. : La France est selon les Chinois un symbole de Culture. Elle est d'ailleurs devenue leur destination touristique préférée en Europe. Selon vous, pourquoi les Chinois aiment-ils venir voyager en France ?

Z.J.J: Je pense qu'il y a 2 raisons. D'abord, le peuple chinois garde de longue date un sentiment d'amitié envers le peuple français. Il y a 42 ans le Général de Gaulle était le premier parmi les dirigeants des grands pays de l'Ouest à reconnaître la nouvelle Chine, ce qui a marqué le peuple chinois à jamais. Pendant ces dernières années, le partenariat stratégique entre les deux pays s'est consolidé, faisant progresser la compréhension mutuelle et l'amitié entre nos deux peuples. Quand on évoque la France, en Chine nombreux sont ceux qui connaissent Voltaire, Rousseau, Hugo,

Balzac, Zola, Dumas père et fils, Rodin, Sartre, Montesquieu et bien d'autres grands maîtres de la pensée, des arts et de la culture du monde. Leurs oeuvres ont largement circulées en Chine. La France et son architecture, sa haute-couture, ses parfums, sa cuisine, mais aussi ses monuments historiques comme Notre Dame de Paris, la Tour EIffel, le Palais du Louvre, le Château de Versailles, plaisent aux Chinois. En résumé, c'est l'immense charme de la culture française qui attire les Chinois et les fait voyager en France.

C. : En 2004, le volume des investissements chinois en France ne dépassait pas 11 millions d'euros, mais ces dernières années son augmentation est manifeste. Quelles sont les régions et les secteurs économiques particulièrement attractifs pour les investisseurs chinois ?

Z.J.J: Selon les statistiques chinoises, à la fin de l'année 2005, la France avait jusqu'à 2933 projets d'investissement en Chine et la somme de ses investissements réels atteignait les 7,42 milliards de dollars.Au même moment, la somme des investissements réels de la Chine en France se montait à 82,8 millions de dollars.

Si l'on compare les investissements de la France en Chine aux investissements des entreprises chinoises en France, on s'aperçoit que les investissements chinois accusent un retard très important. Aujourd'hui l'enthousiasme des entreprises chinoises à venir investir en France s'accroît, mais la question clé est de savoir comment aider ces entreprises à entrer plus facilement sur le marché de l'investissement français.

Avant tout, il faut aider les entreprises chinoises à comprendre « les règles du jeu » sur le marché de l'investissement français. Concrètement, il faut résoudre une série de problèmes techniques qui comprennent parmi d'autres : les procédures et les modes d'investissement, mais également les visas de travail et les licences de commerçants.

Il est aussi important d'aider les entreprises chinoises à déterminer en France les "points d'entrée" sur le marché et les "seuils de rentabilité" des investissements. En général, le coût de l'investissement sur le marché français, est supérieur à celui sur le marché chinois. La solution passe donc par l'amélioration de l'attractivité du marché de l'investissement français pour les entreprises chinoises. A notre connaissance, la plupart des entreprises chinoises qui investissent actuellement en France sont des entreprises de négoce et de service, tels que par exemple, des transporteurs aériens, des agences de voyage, des banques, des sociétés de frêt, des sociétés d'import-export etc. Les entreprises industrielles sont, au contraire, relativement peu nombreuses.

Par conséquent, cela soulève la question de savoir par quels moyens aider les entreprises chinoises, en particulier les entreprises industrielles, à trouver des opportunités d'investissement idéales; ce qui nécessite des efforts communs de la part de la Chine et de la France.

Nous avons noté que le gouvernement français, par la voix de M.Renaud Dutreil, ministre des PME, a fait savoir que les entreprises chinoises étaient les bienvenues en France, et qu'il était enclin à les recevoir et à les aider. L' Agence Française pour les Investissements Internationaux (AFII) a pour sa part, pris des d'initiatives pour encourager les investissements croisés.Nous espérons maintenant que tous ces efforts conjugués porteront rapidement leurs fruits,

C. : En 2005, l'AFII a lancé en Chine sa grande campagne « Image de la France », pour faire la promotion de notre pays auprès des investisseurs chinois. Pensez-vous qu'aujourd'hui les investisseurs chinois perçoivent plus la France comme un partenaire économique ?

Z.J.J: Le gouvernement chinois a toujours considéré la France comme un partenaire économique important. Parmi les membres de l'Union Européenne, la France est le 4e partenaire commercial de la Chine et le 2ème pays d'origine des importations chinoises. La France au sein de l'UE est aussi la première source des importations chinoises de technologie. Les appareils d'Airbus, la technologie électronucléaire, les TGV et les automobiles, la France possèdent en Chine des parts de marché significatives.

De nombreux produits de marques françaises jouissent d'une certaine notoriété auprès des consommateurs chinois : la haute-couture, les parfums, les produits cosmétiques, les vins, les fromages en provenance de l'Hexagone sont connus depuis longtemps et appréciés par les Chinois. Cependant, il faut admettre que les Chinois ne connaissent pas encore suffisamment la France. En particulier, les nouvelles technologies françaises ne sont pas encore assez largement connues et reconnues par les entreprises et les consommateurs chinois, à ce niveau les entreprises françaises auront encore des efforts à fournir ».

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