samedi 28 février 2009

Chine: l'appel d'Alstom au boycott des trains chinois "sans fondement"


L'appel du groupe français Alstom au boycott des trains chinois est sans aucun fondement et reflète son manque de confiance face à la crise financière mondiale, a rapporté le Global Times dans son édition de mardi.

Philippe Mellier, directeur d'Alstom Transport, branche ferroviaire du groupe industriel français, a déclaré le 2 janvier au quotidien économique britannique Financial Times que les pays occidentaux devraient refuser d'acheter des trains chinois, arguant de la fermeture progressive du marché chinois aux fournisseurs étrangers. Il a critiqué le fait que les trains fabriqués par la Chine pour l'exportation avaient utilisé des technologies étrangères, fournies, selon lui, à condition qu'elles ne soient pas utilisées en dehors de la Chine.

Ces remarques ont provoqué de vives réactions parmi les Chinois, surtout les professionnels du secteur de la fabrication des trains.

Selon le Global Times, les autorités chinoises des chemins de fer affirment que la Chine n'a signé aucun contrat de nature exclusive au cours de sa coopération avec les entreprises étrangères. Il n'existe donc pas de contraintes concernant l'exportation des technologies vers un autre pays, sans compter que la propriété intellectuelle des technologies exploitées dans le cadre de cette coopération appartient à la Chine. Il faut noter que les entreprises étrangères ont déjà obtenu leurs bénéfices.

Face à la crise financière mondiale et à la stimulation de la demande intérieure en Chine, les géants occidentaux du secteur ferroviaire auront plus de mal à se procurer des contrats sur le marché chinois et international. Le Global Times souligne que les remarques de Philippe Mellier ne sont qu'une excuse pour expliquer les difficultés rencontrées par la société en Chine.

Les professionnels chinois de la fabrication de locomotives estiment également que l'accusation d'Alstom en matière de "vol" par la Chine des technologies étrangères est sans fondement.

C'est une coopération que les entreprises chinoises et étrangères mènent, pas un mélange de capitaux. C'est par voie d'apprentissage, de digestion et d'assimilation que la Chine a réuni une série de technologies qui doit appartenir à la Chine du point de vue juridique.

Le journal affirme que les trains exportés par la Chine vers la Malaisie et des pays africains utilisent tous des technologies existant depuis longtemps et que la vitesse de ces trains se situe à environ 160km/h.

Quant aux techniques des trains à grande vitesse CRH (China Railway High-speed) exploitées conjointement par la Chine, le Japon, la France et l'Allemagne, elles ne sont utilisées que dans le transport ferroviaire intérieur du pays et n'ont pas été exportées.

Actuellement, le marché des trains en Europe, aux Etats-Unis et en Russie n'est pas ouvert à la Chine, alors que le marché chinois du transport ferroviaire et de la fabrication des locomotives est très ouvert et accessible aux entreprises étrangères.

Par contre, la Chine s'est heurtée à de nombreuses difficultés en essayant d'entrer sur le marché européen. La Chine et la Hongrie envisageaient de coopérer sur un projet ferroviaire, mais l'Union européenne a catégoriquement refusé.

La Chine possède maintenant des technologies avancées sur le plan de la fabrication des trains, et ses entreprises bénéficient d'un coût de revient relativement bas par rapport à la concurrence internationale, indique le Global Times, citant l'économiste en chef adjoint de la China South Locomotive & Rolling Stock Corporation Limited, Wang Gongcheng.

Rien qu'en 2008, cette entreprise chinoise a signé des contrats d'exportation d'une valeur de plus de 700 millions de dollars, contre seulement des dizaines de millions de dollars en 2000.

Le Global Times indique que ces dernières années, le secteur de la fabrication des trains chinois s'est rapidement développé. Il existe par conséquent de moins en moins d'opportunités pour les entreprises étrangères en Chine. Il ne s'agit pas d'une fermeture du marché chinois, mais d'une baisse relative de la compétitivité des entreprises étrangères.

D'après Feng Zhongping, expert des questions européennnes relevant de l'Institut des relations internationales contemporaines de Chine, les remarques d'Alstom temoignent de la crise en Europe et de son inquiétude face aux produits chinois. Les industries chinoises à forte intensité de main d'oeuvre se transforment actuellement en industries de haute technologie.

Selon lui, face à la crise financière, le protectionnisme de l'Europe se fait sentir de jour en jour. Les conflits commerciaux entre la Chine et l'Europe pourraient se multiplier dans l'avenir.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire